Prêtres fidei donum : venus d’ailleurs pour servir

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Publié le 23 octobre, 2026

Fidei donum. Ce sont les deux mots latins en tête de l’encyclique du Pape Pie XII du 21 avril 1957. C’était une invitation aux évêques à avoir le souci de la mission universelle de l’Eglise, non seulement par la prière et l’entraide, mais aussi en mettant certains de leurs prêtres à la disposition de diocèses d’autres continents.

Les prêtres envoyés restent attachés à leur diocèse d’origine et ils y reviennent après plusieurs années passées en mission. Notre diocèse, comme tant d’autres, est heureux de bénéficier de leur présence et de leur engagement missionnaire. Ils sont au nombre de neuf, des diocèses de Garoua au Cameroun, de Mbjimayi au Congo, et Dédougou au Burkina Faso. Je les remercie pour le service pastoral qu’ils accomplissent dans un contexte différent de leur diocèse d’origine et de leur culture. Il nous faut mesurer ce que cela représente pour chacun d’eux et le reconnaître avec gratitude

  • Mgr Alain Guellec

Entre surprise de l’appel, choc des cultures et joie du service : rencontres croisées avec les abbés Fridolin, Anaclet, Mbock, Fessidi et Saidou

« Partir ailleurs pour servir » : le sens d’une mission

Pour chacun d’eux, le départ a d’abord été une réponse d’obéissance et de confiance. « La toute première réaction, c’est : pourquoi moi ? », se souvient l’abbé Fessidi. « Mais je me suis dit que l’évêque avait un projet et qu’il fallait se rendre disponible. » Pour l’abbé Fridolin, la réaction fut similaire : « J’étais surpris, mais j’ai eu confiance. Là où le Seigneur m’envoie, le Seigneur me précède. » L’abbé Mbock, lui aussi sollicité pour concilier mission et poursuite d’études, a embrassé cet appel après quelques jours de réflexion, prêt à vivre l’Évangile sous d’autres latitudes. Quant à l’abbé Saidou, fort de son vœu d’obéissance, il n’a pas été surpris par la demande de son évêque, même s’il avoue s’être senti un peu « âgé » pour se lancer dans une nouvelle mission à l’étranger et rejoindre ses quatre confrères déjà sur place.

Abbé Jacques Fessidi, Prêtres Fidei Donum
du diocèse de Garoua (Cameroun)


Du Cameroun au Congo : l’envol et les bagages de la foi

Le départ vers un autre continent s’accompagne inévitablement de séparations touchantes. « Partir, c’est mourir un peu », dit le proverbe rappelé par l’abbé Saidou pour évoquer ces adieux poignants aux proches, aux amis et aux paroissiens. Pour autant, cette disponibilité fait partie intégrante de la vie du prêtre, formé à ne pas s’enraciner définitivement. Pour l’abbé Mbock, ce fut d’abord la rupture avec sa famille et le manque de ses anciens élèves de SVT et de musique, regrettant l’ambiance vivante des classes et du petit séminaire.

Dans leurs bagages, les objets matériels ont laissé la place à des symboles très personnels. L’abbé Fridolin a apporté le drapeau de son pays qu’il conserve dans sa chambre, l’abbé Anaclet son chapelet fidèle qui l’accompagne depuis plus de dix ans, et l’abbé Mbock une photo de toute sa famille ainsi que la Bible de Jérusalem annotée depuis ses débuts au grand séminaire. L’abbé Fessidi résume cette démarche en évoquant la foi d’Abraham, cette confiance absolue qui permet de tout quitter pour suivre la voix du Seigneur.

Abbé Anaclet Tshimanga, Prêtres Fidei Donum du diocèse
de Mbujimayi (République Démocratique du Congo)


Les chocs et anecdotes culturels

L’arrivée dans le Tarn-et-Garonne réserve son lot d’étonnements, à commencer par le climat. Arrivé au mois d’août, l’abbé Fridolin se rappelle son tout premier hiver qu’il comparait à un séjour dans un congélateur, les oreilles brûlantes de froid. De son côté, l’abbé Mbock, arrivé à la fin septembre, a dû empiler plusieurs couches de vêtements dès sa première nuit pour réussir à dormir sans chauffage. Heureusement, la chaleur humaine des paroissiens, venus spontanément leur offrir pulls, manteaux et écharpes, a vite réchauffé les cœurs.

Outre le thermomètre, les habitudes de la vie courante et de la liturgie ont bousculé leurs repères. L’abbé Fridolin a été frappé par la rigueur des horaires et l’organisation très cadrée du quotidien, lui qui s’amuse de voir à quel point la ponctualité est devenue une seconde nature depuis son arrivée. Sur le plan spirituel, la manière de prier s’est aussi révélée différente : habitués à des célébrations africaines très expansives, le calme des églises locales les a surpris, tout comme le bavardage dans les nefs avant la messe que l’abbé Anaclet a dû réapprendre à cadrer avec pédagogie.

Cette confrontation des cultures génère aussi son lot d’anecdotes amusantes. Un confrère plus âgé a demandé à l’abbé Mbock, en rigolant, pourquoi il s’était « déguisé », alors qu’il portait simplement sa soutane. Une pointe d’humour sans aucune mauvaise intention, mais qui a d’abord étonné l’abbé, pour qui la soutane reste un habit sacerdotal naturel, illustrant parfaitement ces légères nuances d’habitudes d’un pays à l’autre. L’abbé Fridolin a, de son côté, fait rire une paroissienne en l’appelant “Maman”, avant de lui expliquer qu’il s’agit en Afrique d’un signe de respect naturel envers toute femme en âge d’avoir des enfants ou d’avoir l’âge de sa propre mère. L’abbé Fessidi s’amuse quant à lui d’avoir entendu la question directe « Mais vous allez repartir quand, mon père ? » dès ses premiers jours, une tournure qui déconcerte par rapport aux traditions d’accueil africaines où l’on prend d’abord le temps de la rencontre.

Abbé Éric Mbock Aboubakar, Prêtres Fidei Donum
du diocèse de Garoua (cameroun)


Bâtir des ponts et réveiller la foi : des rencontres fondatrices

Au-delà des anecdotes, c’est dans la rencontre pastorale que la mission prend tout son sens. Tous soulignent la joie d’avoir été accueillis chaleureusement par les fidèles du diocèse de Montauban et la certitude, au détour d’un échange, d’être exactement là où ils devaient être.

Pour l’abbé Fridolin, ce déclic est venu du témoignage poignant d’une femme athée après les funérailles de son père, lui confiant que sa célébration lui redonnait l’envie de croire. Pour l’abbé Anaclet, c’est le besoin de transmettre qui l’a animé, l’amenant à créer des sessions de formation très appréciées pour accompagner les catéchistes et les paroissiens. Pour l’abbé Mbock, c’est au contact des jeunes de la cathédrale et du Pélé VTT qu’il puise sa plus grande joie pastorale, au point qu’on lui fait souvent remarquer à quel point son bonheur est rayonnant quand il est avec eux. Enfin, l’abbé Fessidi garde en mémoire l’apaisement d’un homme en colère contre l’Église qu’un simple sourire d’accueil a suffi à réconcilier avec la foi, prouvant qu’être là consiste d’abord à accueillir chacun tel qu’il est.

Abbé Fridolin Kabangu, Prêtres Fidei Donum
du diocèse de Mbujimayi (République Démocratique du Congo)


Abbé Jean-Claude Saidou, Prêtres Fidei Donum
du diocèse de Garoua (Cameroun)

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